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Economie, Elections, Société

Reportage à Huambo, la deuxième ville du pays

Pendant la campagne électorale, je suis allée en reportage à Huambo.

La deuxième ville d’Angola, ancien bastion de l’Unita, était un symbole de la bataille politique en cours. Au-delà, elle illustre le développement en marche du pays.

Illustration: la nouvelle gare de Huambo et le centre-ville en arrière-plan.

Voici le reportage diffusé sur l’AFP:

Sortie de la guerre civile complètement dévastée, la ville de Huambo, plaque tournante du sud du pays, renaît aujourd’hui grâce à la forte croissance économique de l’Angola, mais demeure un symbole des inégalités de développement dans le pays. Terrain des plus violents affrontements pendant la guerre civile entre 1975 et 2002, Huambo en est sortie totalement détruite et sa population, près de 400.000 personnes aujourd’hui, traumatisée.

Mais, depuis le retour de la paix en 2002, la deuxième ville d’Angola a, comme le reste du pays, bénéficié de l’active politique de reconstruction des infrastructures menée par le parti au pouvoir, le MPLA du président José Eduardo dos Santos. Huambo s’est transformée ces dernières années, les maisons ont été reconstruites, les champs déminés, des commerces ont fait leur apparition et la province s’est ouverte sur ses voisines, souligne le révérend Justino Bula, secrétaire provincial du Conseil des églises chrétiennes en Angola.

Outre la réouverture de la liaison ferroviaire avec la ville côtière de Benguela, la réhabilitation des routes et la construction d’écoles et d’hôpitaux, le président dos Santos a récemment inauguré le barrage de Gove, une installation devant approvisionner l’ensemble de la province en électricité. Une reconstruction chiffrée en milliards de dollars et assise sur un boom économique dans un pays devenu le deuxième producteur de pétrole d’Afrique derrière le Nigeria.

Inégalités sociales et régionales

Mais malgré une croissance moyenne de 11% sur la dernière décennie, la majorité des Angolais vivent dans une grande pauvreté et les inégalités sociales sont croissantes, les hôtels de luxe côtoyant les bidonvilles dans la capitale angolaise. A ces inégalités sociales, viennent s’ajouter d’importants déséquilibres de développement régional, entre une capitale littorale toute-puissante et les provinces de l’intérieur du pays.

Huambo était parmi les plus prospères du pays, avec une grande agriculture et des élevages, un nombre important d’industries et une riche vie universitaire et intellectuelle, se souvient Festo Sapaloo, le conservateur du musée régional de Huambo. Aujourd’hui, la production agricole se développe mais à un niveau modeste, la ville compte à peine plus de 1.100 entreprises en activité et l’ensemble de la population, tout particulièrement en zone rurale, est confrontée à la pauvreté.

Le taux de chômage dans la province est parmi les plus élevés du pays, nettement supérieur aux 30% officiels au niveau national, alors que le rendement moyen par habitant n’atteignait pas 400 dollars en 2007, soulignait l’économiste Manuel José Alves da Rocha dans une étude sur les inégalités territoriales en 2010. De fait, ces résultats classent Huambo, fief historique de l’Unita, bien loin des trois provinces phares du pays, en premier lieu Luanda, puis Benguela et Kwanza Sul, toutes en bord de mer et bénéficiant à plein des ressources tirées de la vente du pétrole.

Exode des jeunes vers la capitale

Le MPLA agit comme si Huambo ne méritait pas de se développer davantage, il minimise les provinces centrales au profit du littoral , déplore Marcelo Dachala, un des responsables locaux du nouveau parti d’opposition Casa. L’autre problème c’est que tout – investissement, projet, travaux – est décidé à Luanda sans consultation du terrain , souligne Liberty Chiyaka, le secrétaire provincial de l’Unita.

Les investissements engagés, qui sont conséquents, ne profitent finalement qu’aux personnes qui vivent en ville, dans les capitales provinciales, mais pas à la majorité des gens qui habitent dans les campagnes , avance José Maria Katiavala, sociologue et responsable local de l’Association pour le développement rural et durable (Adra).

Résultat, nombre de jeunes quittent les zones rurales pour aller s’installer à Huambo, avant d’aller tenter leur chance à Benguela et encore plus massivement à Luanda, capitale tentaculaire et chaotique. Si l’on veut désengorger la capitale et organiser son développement, il faut investir ailleurs pour éviter l’exode rural et encourager les gens à revenir en province, plaide José Maria Katiavala, appelant à une décentralisation du pouvoir au profit des autorités et élites locales.

 

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Discussion

3 réflexions sur “Reportage à Huambo, la deuxième ville du pays

  1. Si je peux me permettre des précisions, Huambo a toujours fait peur à Luanda, entre autres de par son passé et ce que l’ancienne « Nova Lisboa » était en 1975. Après la guerre, jusqu’à il y a environ 3 ans, Paulo Kassoma était le Gouverneur de Huambo et a beaucoup contribué à reconstruire la ville. Tout le monde lui connaît d’autres côtés moins positifs mais lui a généralement reconnu ça. Il y avait aussi alors Valentim Amonje à Huambo, un entrepreneur qui commençait à relancer l’activité industrielle de la ville… sauf que Paulo Kassoma a été rappelé à Luanda, remplaçant Nando comme 1er Ministre puis a plus ou moins disparu de la circulation, et Valentim Amonje est mort dans un accident d’avion avec celui de ses fils qui devait lui succéder. Depuis, Huambo est retombée, ce qui est bien dommage, elle est magnifique cette région 🙂

    C’est très bien Estelle tous tes articles en français sur l’Angola, on n’en a que rarement d’habitude, continue!

    Publié par Murielle | 5 septembre 2012, 22:14
  2. Merci beaucoup pour ces précisions et les encouragements ! N’hésitez pas à mettre d’autres commentaires !

    Publié par estellemaussion | 10 septembre 2012, 11:37
    • Tout-à-fait vrai cette précision de Murielle, depuis la mort de Valentin Amoes, plus rien ne va dans cette ville. Le commerce vivote, les jeunes rêvent tous de travailler à la police ou comme inspecteurs économiques mais plus personne n`investit plus rien. Les rares champs sont labourés avec des boeufs et du matériel rudimentaire. Des parcs entiers de machines de génie civil ne servent qu`à les regarder rouiller, à l`instar de JL transports qui loue encore 1 ou 2 fois par semaine une pelleteuse ou un bulldozer quand ils ont un charroi de plus de 50 machines en excellent état. Tout le monde attend une hypothétique reprise économique de la province, si prestigieuse dans le passé mais qui agonise lentement faute de bonne volonté.

      Publié par stephane | 30 décembre 2012, 11:13

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