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Economie, Politique

La nouvelle loi pétrolière annonce une révolution bancaire

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C’est le changement phare de cette année pour le secteur pétrolier.

Une nouvelle loi, adoptée en 2011 et entrant en vigueur progressivement, modifie les règles financières s’appliquant aux compagnies pétrolières et à leurs prestataires.

Illustration : une plateforme de Total, image empruntée au site Mer et Marine (crédits Total).

Explications et conséquences de cette loi avec la dépêche de l’AFP :

L’entrée en vigueur progressive d’une nouvelle loi pétrolière qui impose aux compagnies opérant en Angola de régler leurs dépenses en monnaie locale via des banques installées sur place va provoquer une révolution financière qui suscite l’inquiétude. « Cette loi est un grand défi pour le système bancaire angolais, qui va devoir faire face à un afflux massif de capitaux et à une augmentation du nombre de transactions pour répondre aux besoins des acteurs pétroliers », affirme Salim Valimamade, professeur d’économie à l’Université catholique angolaise.

« Elle devrait permettre le développement du secteur financier et encourager l’innovation. Mais elle pourrait également se solder par un accroissement rapide des résultats des banques, un terrain propice à la prise de risque et à l’explosion du recours au crédit », souligne le Fonds monétaire international (FMI). Dans les cartons depuis plusieurs années mais adoptée seulement en novembre 2011, la loi impose aux compagnies pétrolières et à leurs prestataires de services de payer, depuis octobre 2012, leurs dépenses  opérationnelles via un compte bancaire domicilié en Angola.

En outre, à partir du 1er juillet 2013, ces paiements, jusqu’à présent largement réalisés à l’étranger et en dollars, devront être effectués en kwanzas angolais. Un changement de taille, puisqu’il concerne le premier secteur productif du pays, l’industrie pétrolière générant 75 % des recettes et 45 % du produit intérieur brut (PIB) de l’Angola, deuxième producteur de pétrole africain après le Nigeria.

« Cela nous permettra de gérer les flux financiers du pétrole grâce aux capitaux qui passeront désormais par la banque centrale d’Angola, et cela va aussi doper l’économie nationale et équilibrer le marché des changes dans le pays », avait expliqué le gouverneur de la banque centrale, José Massano, lors de l’entrée en vigueur de la loi. Outre le développement et la modernisation des secteurs bancaires et financiers, l’Angola souhaite avec cette mesure réduire l’importance du dollar dans son économie et encourager sa diversification afin de diminuer sa dépendance au pétrole.

Garantir la stabilité de la monnaie nationale

Reste que les acteurs économiques et les observateurs ont des doutes sur la capacité du secteur bancaire, qui n’accueille pour l’instant que très peu de banques d’envergure internationale, à gérer les 10 milliards de dollars qui devraient entrer dans le pays chaque année. « Pour les paiements des fournisseurs étrangers, le processus d’approbation des contrats et de chaque paiement par la banque centrale angolaise, instauré par la loi pour permettre une gestion des liquidités dans le pays, doit être efficace pour éviter les risques d’impayés et ne pas générer d’arrêt de production des installations off-shore très coûteuses », indique Jean-Louis Gelot, le président de l’Association des entreprises de service de l’industrie pétrolière angolaise (AECIPA).

« La loi va entraîner des frais de change de devises ce qui va augmenter le prix des services facturés par les prestataires aux compagnies pétrolières et donc le coût global de la production de pétrole », s’inquiète José de Oliveira, universitaire et consultant dans le domaine pétrolier. La banque centrale angolaise a également souligné la nécessité de garantir la stabilité de la monnaie nationale, des réserves de change et du volume de liquidités en circulation pour éviter toute inflation et tout déséquilibre budgétaire.

Les banques ont toutes créé un département spécial, dédié au secteur pétrolier et doivent mettre en place des services financiers et bancaires adaptés, alors que la banque centrale angolaise multiplie les rencontres et les formations. Les compagnies pétrolières présentes (Total, BP, Chevron, Exxon, Statoil et ENI) soulignent que la mise en oeuvre de la réforme se fait de façon progressive, pour éviter tout blocage. « Nous payerons bien nos salaires en kwanzas à partir de juillet mais ils continueront à être indexés sur le dollar pendant plusieurs mois, le temps de mettre au point notre système de paiement et afin de garantir le pouvoir d’achat de nos salariés pendant cette période de transition », explique Paulo Pizarro, porte-parole de BP.

Nombre d’acteurs s’interrogent enfin sur les conséquences de la loi en termes de transparence des revenus du pétrole et de bonne gouvernance financière, alors que l’Angola figure à la 157e position sur 176 pays, selon le dernier classement sur la perception de la corruption réalisé par l’ONG Transparency international. Mais pour Alex Vines de l’institut londonien Chatham House, il pourrait s’agir d’une bonne nouvelle. L’arrivée de banques internationales dans le pays, venant concourir pour obtenir les comptes des compagnies pétrolières, pourrait être un facteur d’amélioration de la transparence.

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