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Economie

Inquiétudes sur les conséquences d’une nouvelle loi douanière

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La loi en question doit entrer en application durant le mois de mars.

Cela fait plusieurs semaines qu’elle est au centre des discussions des acteurs économiques du pays.

La nouvelle législation prévoit une hausse importante des taxes d’importation de certains produits de consommation courante.

Ce qui suscite des craintes sur un retour de l’inflation.

Illustration : le port de Luanda où arrive la majorité des marchandises importées.

Les clés pour comprendre le débat avec la dépêche AFP :

En Angola, deuxième producteur de pétrole d’Afrique, les acteurs économiques s’inquiètent des conséquences d’une nouvelle loi qui vise à protéger la production nationale en augmentant les taxes à l’importation de certains produits mais risque de relancer l’inflation dans un pays déjà parmi les plus chers du monde. « Cette mesure va engendrer une hausse des coûts de 5 à 35 % pour tous les importateurs de produits agroalimentaires, une augmentation qui sera répercutée sur les prix et accroîtra le coût de la vie », avance Federico Crespo, à la tête de la société d’importation angolaise Oxbow depuis 1993.

« S’il y a une hausse des prix, elle ne sera que de courte durée », réplique José Severino, président de l’Association des industriels angolais, « car les entrepreneurs locaux vont investir et créer une production nationale pour répondre à la demande. Le pays doit cesser de se nourrir de conteneurs venant de l’étranger ». La nouvelle loi, qui doit entrer en vigueur en mars, prévoit une hausse importante des droits de douane de certains biens de consommation, dont les boissons (eau, bière, jus de fruit, alcools forts), les fruits et légumes frais, les boîtes de conserves et les oeufs.

L’objectif du gouvernement angolais est de décourager les importations de ces produits et de favoriser l’agriculture, la pêche et les industries nationales afin de diversifier une économie actuellement centrée sur le pétrole et qui importe d’Europe, des Etats-Unis et de Chine près de 90 % de ce qu’elle consomme. Ancienne puissance agricole dont le potentiel a été anéanti par 27 ans de guerre civile, l’Angola a dépensé 3,6 milliards de dollars pour importer des produits alimentaires, dont 400 millions rien que pour les boissons, entre janvier et septembre 2013, selon le ministère du Commerce.

« Nous ne voulons pas bannir les importations mais les remplacer progressivement par des biens nationaux, au fur et à mesure du développement de nos capacités productives », explique Adriano Martins, directeur national du commerce extérieur au ministère. « Les produits de première nécessité (sucre, riz, huile, lait en poudre notamment) ne sont pas affectés par la hausse des taxes, certains produits vont même voir leur taxation baisser et les matières premières sont exemptées, c’est une loi d’équilibre », ajoute-t-il.

Protectionnisme

Mais des observateurs doutent de la capacité de l’exécutif à contrôler l’évolution des prix : l’annonce de la loi a conduit nombre de sociétés à réduire leurs importations, ce qui a augmenté les prix des produits, certains commerçants locaux en profitant eux aussi pour accroître leurs tarifs. Passée en dessous des 10 % depuis seulement fin 2012, l’inflation se maintient aujourd’hui à 7,84 % selon la Banque nationale angolaise. Toute hausse serait difficilement supportée par la population dont les deux tiers vit avec moins de deux dollars par jour et alors que la capitale angolaise est déjà l’une des villes les plus chères au monde.

Plusieurs économistes soulignent que le protectionnisme n’est pas le meilleur moyen d’aider la production nationale dans une économie mondialisée, lui préférant la réduction des coûts de production, d’accès à l’énergie, à l’eau. De fait, malgré les efforts considérables de reconstruction des infrastructures du pays depuis une décennie, les problèmes d’approvisionnement, de logistique et de transport sont encore considérables et ils empêchent le développement d’industries locales.

Pour beaucoup, la nouvelle loi est paradoxale puisqu’elle protège une production nationale qui n’existe pas. Seules les très rares sociétés locales existantes, implantées depuis longtemps et souvent proches du  pouvoir, devraient donc bénéficier de la réforme. « La loi va protéger les intérêts des entreprises qui ne parviennent pas à faire face à la concurrence à travers la diminution de leurs coûts de production, c’est-à-dire des sociétés peu efficaces et peu dynamiques », met en garde le professeur d’économie à l’Université catholique angolaise, Alves da Rocha.

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