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Société

L’Angola organise son premier recensement depuis 1970

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C’est le grand jour pour le recensement angolais.

Après des années de préparation et des mois de publicité, l’opération commence aujourd’hui.

Elle va durer jusqu’au 31 mai et doit couvrir l’ensemble du territoire et de la population.

Les enjeux de ce recensement avec cette dépêche AFP:

En plein essor depuis le retour de la paix en 2002, l’Angola, devenu le deuxième producteur de pétrole du continent africain, organise à partir de vendredi son premier recensement depuis l’indépendance en 1975, un défi logistique voire politique. « Ce recensement est sans nul doute le moment fort de cette année 2014 pour notre pays (…) et nous appelons tous les Angolais à se mobiliser car nous avons l’obligation de réussir », explique Camilo Ceitas, le coordinateur général du cabinet en charge de l’opération.

Le dernier recensement remonte à l’époque de la colonisation portugaise en 1970 : il avait dénombré 5,6 millions d’habitants. Aujourd’hui, la population angolaise est estimée à environ 21 millions d’habitants, dont un quart se concentrerait dans la capitale Luanda. Grand comme deux fois et demi la France, l’Angola compte de nombreuses provinces rurales, dont certaines zones très reculées et seulement accessibles en barque ou en hélicoptère. A Luanda, l’extrême densité de population de certains quartiers risque aussi de poser problème.« La participation de la population est cruciale pour le succès du recensement », observe Kourtoum Nacro, la représentante du Fonds des Nations Unies pour la population en Angola, qui a joué un rôle crucial dans la préparation de l’opération, notamment en cartographiant le pays. « Il y a beaucoup à faire pour informer les habitants qui ne sont pas habitués à cette pratique du  recensement et dont une partie est analphabète et n’en comprend donc pas l’intérêt », ajoute Mme Nacro. 

Depuis plusieurs semaines, une campagne de sensibilisation est menée dans les médias angolais et les églises, présentes sur l’ensemble du territoire, se sont elles aussi mobilisées. Attendu depuis plusieurs années, le recensement va mobiliser près de 100.000 personnes dont plus de 90.000 recrutées et formées spécialement pour l’opération qui sera ainsi temporairement l’un des premiers employeurs du pays. Il est prévu pour coûter 200 millions de dollars, entièrement assumé par Luanda, quand beaucoup de pays en développement recourent généralement à l’aide internationale.

Un outil pour les réformes

Les premiers résultats devraient être connus quatre mois après la fin de la collecte le 31 mai. Outre la taille de la population, sa répartition par sexe, tranche d’âge et provinces, il devrait livrer une photographie inédite des conditions de vie réelles des Angolais, quitte à mettre le doigt sur certaines réalités embarrassantes pour le pouvoir. Combien de personnes vivent par foyer, dans quel type d’habitation ? Ont-elles accès à l’eau ? A l’électricité ? Combien sont retraitées ? Grâce à son pétrole, l’Angola dispose d’importantes ressources qui lui ont notamment permis de rebâtir ses infrastructures, détruites pendant la longue période de guerres qu’a connue le pays entre 1961 et 2002. Mais la majorité de sa population continue à vivre dans la pauvreté, avec moins de deux dollars par jour et un chômage touchant au moins 30% de la population active.

Au pouvoir depuis bientôt 35 ans, le président angolais José Eduardo dos Santos s’est fait réélire pour cinq ans en août 2012 sur la promesse d’assurer une meilleure redistribution des richesses. De plus en plus critiqué par une partie de la jeunesse, qui tente régulièrement d’organiser des manifestations, il s’est engagé à faire des réformes pour améliorer les conditions de vie de la population et à créer des emplois. Le recensement, qui n’était clairement pas la priorité au sortir de la guerre, est un premier gage donné en ce sens, avec le slogan « Nous comptons tous pour l’Angola ».

« Avec le recensement, le pays veut montrer qu’il est capable de s’organiser pour travailler sur des objectifs réels et un développement qualitatif », note le sociologue Joao Lukombo Nzatuzola. « La collecte d’information et l’élaboration de statistiques détaillées sur la population est une étape importante vers le développement et la fourniture d’infrastructures de services », a salué par avance le secrétaire d’Etat américain John Kerry lors de sa récente visite dans le pays. Les partis politiques de l’opposition ont aussi salué l’initiative, tout en s’inquiétant du traitement des données recueillies. L’Unita, principal parti d’opposition, a « exhorté l’exécutif à conduire le processus avec transparence et  honnêteté de façon à atteindre les objectifs annoncés » et à produire un recensement crédible.

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