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Economie, Société

En Angola, l’essor des supermarchés n’efface pas le secteur informel

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C’est une évolution visible à l’oeil nu ces derniers temps à Luanda et dans le reste de l’Angola.

Les supermarchés ne cessent de se multiplier et rivalisent de grandeur et de modernité.

Pour autant, les marchands ambulants sont toujours très nombreux dans les rues.

Illustrations : Kero et GlobalVoices

Analyse de ce phénomène avec cette dépêche AFP :

« C’est une grande joie pour les Angolais »: Luciano Manuel pousse son chariot au supermarché, un luxe nouveau en Angola où l’émergence d’une classe moyenne se traduit par l’essor des enseignes de grande distribution, sans supprimer l’important secteur informel. « A cause des presque 30 ans de guerre qu’a connu le pays, nous n’avions jamais eu de supermarché de la sorte. C’est un gain indéniable pour nous et une preuve de plus du développement de l’Angola », poursuit Luciano, rencontré dans les couloirs de Kero, une enseigne angolaise propriété d’un général proche du régime, qui a ouvert douze magasins en quatre ans et compte en ouvrir deux autres prochainement.

Non loin de là, à la sortie du parking, à l’ombre d’un arbre, plusieurs femmes sont assises sur des chaises en plastique. Ces vendeuses de rue « à l’ancienne » proposent des recharges de téléphone, des légumes ou bien de changer des dollars en kwanzas. « Nous nous sommes installées ici depuis l’ouverture du supermarché », explique Maria,l’une d’entre elles. « C’est un bon endroit car il y a beaucoup de passages, beaucoup d’occasions de vendre. » La cohabitation des deux systèmes témoigne de la situation sociale de l’Angola de 2014, où se côtoient grande pauvreté et nouvelle aisance.

« Ces dix dernières années, on a assisté à la naissance d’une classe moyenne à Luanda mais aussi dans le reste du pays, ce qui se voit notamment avec l’essor des supermarchés », note Feizal Esmail, responsable d’un projet de centre commercial réunissant 240 enseignes dans la capitale angolaise. Il prévoit déjà d’organiser un service d’autocars pour amener les clients de provinces éloignées souhaitant venir faire des courses à Luanda.

Dévasté par une violente guerre civile entre 1975 et 2002, l’Angola connaît un essor rapide depuis une décennie grâce à ses importantes ressources pétrolières. La croissance, de 3,9 % en 2014, devrait atteindre 5,9 % en 2015 selon le Fonds monétaire international. « Une partie de la population a vu son pouvoir d’achat augmenter et, comme elle travaille la semaine, elle concentre ses achats le week-end dans des grandes surfaces où elle peut acheter tout ce dont elle a besoin en une seule fois », explique le professeur d’économie Justino Pinto de Andrade.

Chasse aux vendeurs ambulants

472302854_8d2b9307a8« D’autres indicateurs témoignent de cette dynamique sociale, comme la multiplication des voitures de petite cylindrée, des projets immobiliers centrés sur des petits appartements et l’utilisation grandissante des cartes de crédits », ajoute l’universitaire. Cette évolution angolaise illustre une tendance à l’oeuvre sur l’ensemble du continent africain. Un tiers de ses habitants, soit environ 370 millions de personnes, appartient désormais à la classe moyenne selon une étude de la Banque africaine de développement publiée fin octobre. Selon les standards africains, cette classe moyenne rassemble des individus gagnant entre 2,2 et 20 dollars par jour et ayant accès à un certains nombre de biens (téléviseur, voiture, réfrigérateur) ainsi qu’à l’eau et l’électricité.

« Elle reste toutefois embryonnaire en Angola, affirme le sociologue Joao Nzatuzola. Pour preuve, la multiplication des supermarchés n’enraye pas le développement du commerce de rue, toujours aussi florissant. » En Angola, 54% de la population vit encore avec moins de deux dollars par jour selon les derniers chiffres communiqués par la présidence angolaise en octobre. Pour beaucoup d’Angolais, la vente à la sauvette ou sur des marchés traditionnels demeure donc l’unique source de revenus. « L’arrivée des supermarchés porte un coup aux petits commerces de proximité mais le secteur informel va lui résister car il présente des avantages que n’offrent pas les grandes surfaces, dont la possibilité de vendre d’occasion et de négocier les prix », affirme Nelson Pestana, professeur à l’université catholique angolaise.

Pour l’exécutif angolais, ce n’est qu’une question de temps: les augmentations salariales, le soutien aux petites et moyennes entreprises, le développement du microcrédit et la réforme de  l’enseignement vont, à terme, permettre de constituer une véritable classe moyenne angolaise. En parallèle, le pouvoir compte sur la généralisation des grandes surfaces pour faire baisser les prix des biens de consommation, développer l’agriculture et la production de biens nationaux mais aussi employer et former de nombreux travailleurs angolais. Il entend également encadrer le  commerce informel, en organisant un réseau de marchés traditionnels dans des lieux autorisés et équipés ainsi qu’en faisant la chasse, parfois violente, aux vendeurs ambulants.

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Discussion

Une réflexion sur “En Angola, l’essor des supermarchés n’efface pas le secteur informel

  1. le malheur des uns fait le bonheur des autres cad la haute classe politique et les militaires plus proches du régime comme partout en Afrique. Oh mama afrique qu’est-ce qui ne va pas chez tes enfants,,, mama!!!!!

    Publié par muanda kongo | 26 novembre 2014, 01:16

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